Vercors, GR91, photographies de bouquetin et lagopède alpin

Il est fin mai 2017. Il y a 3 semaines, on a fêté le lundi du 1er mai dans l’appartement car il pleuvait. La fin de la semaine d’après, pareil, temps pourri mais avec un lundi 8 mai correct qu’on a fêté sur la colline du Fort de Comboire. On vive en France, donc cette semaine on a encore un jour férié, le jeudi de l’Ascension et on fait le pont vendredi ; ils annoncent grand beau partout. On décide de se balader sur les Hauts Plateaux du Vercors en prenant la GR91 de Corrençon-en-Vercors en passant par son plus imposant sommet Le Grand Veymont (2341 m) avec une descente vers Clelles pour sa gare.

Le problème du Vercors c’est la procuration de l’eau. Le calcaire du plateau capte l’eau et le fait passer en souterrain. L’eau sort beaucoup plus loin à la périphérie du massif. Le jour avant le départ je souligne sur la carte les sources d’eau sur le trajet pour mieux les voir. Il y a 6 en total, “ça devrait aller” je me dis.

Jeudi matin l’aventure commence sur le Transisère 5100. Arrivée de Corrençon à 9:00. Première impression, beaucoup des touristes. Trop en fait. On va avoir du mal si on veut dormir en cabane avec d’autres. 5 km de marche très facile et on arrive à la Cabane de la Carette. On la colonise pour prendre le petit déjeuner autour de la table.


~4 km plus loin, toujours facile, on arrive à la clairière de Darbounouse. A l’arrivée, Rebe me demande de dormir là, tellement c’est chouette. Mais bien sur que non, on cherche le bouquetin. La carte dit qu’il y a de l’eau dans la clairière - le Puits de Darbounouse. Heureusement, car on a bu déjà 3/4 de l’eau qu’on avait. Et là, pour la première fois, le Vercors montre son côté sauvage. L’eau est sale, verte, impossible de boire, n’ayant pas la pastille de purification. La source suivante est à 6.5 km plus loin, a coté de la Cabane du Tiolache du Millieu. On pense à dormir là, donc il faut vraiment que la Fontaine du Tiolache coule.


Jas de la Plume, Pot du Play, Canyon des Erges et Tiolache du Haut - la route n’est pas très difficile mais on sent bien le poids des sacs à l’arrivée dans la clairière du Tiolache du Millieu. La cabane n’est pas sur la GR, il faut la chercher. Je la trouve vite et on s’installe. Il y a des gens autour, notamment une famille qui installe la tente pas loin. Ils disent qu’il faut bien cacher la bouffe car les hôtes de la cabane ne se méfient pas de s’en servir. Il s’agit probablement des hermines et de souris. Effectivement, la carte de la cabane confirme que la cabane est hébergée en permanence. J’adore les hermines et les souris, ça serait pas la première fois que je dors avec, mais les sons qu’ils font en courant - ça peut nous pourrir la nuit.

M’étant bien reposé, je pars à la recherche de la Fontaine. Elle n’est pas loin, 15 minutes en suivant le chemin vers l’ouest. Le Vercors nous rappele de nouveau qu’on marche sur du calcaire. La fontaine ne coule pas et tout autour dans les forets il y a du sol calcaire fissuré et crevassé. Un serpent se cache dans un crevasse et je retourne à la cabane inquiet car on a même pas 0.5 litres d’eau. Vers le soir on change de plan et on installe la tente dehors. Le coucher du soleil est magique et j’en profite pour la photo. Le soir on entend les cris de Tétras, coucous et des chants de grives. Je vois également le merle de roches, mésanges huppées et à longue queue, becs croisés… Il manque les cris des chouettes pourtant. Nuit calme, absolument pas de vent et une Voie lactée dense et claire.


Deuxième jour commence pour moi à 5:00. Il y a plein des Tétras autour, mais ils sont méfiants et gardent la distance. J’arrive à avoir un sur la photo, il se trouve à ~50m de moi. En revenant à la tente, j’entends un blaireau, mais je n’arrive pas à le voir. Pas de chance ce matin, il faut qu’on avance pour trouver de l’eau. Je réalise que les fleurs contiennent de la rosée et je mets quelques fleurs dans ma bouche.

On démonte la tente encore humide et on attaque le chemin. On trouve que c’est dur jusqu’à la cabane Jasse du Play, même si on ne dirait pas en regardant la carte. Après la cabane, on s’attend à tout moment de tomber sur la Fontaine du Play, qu’espérons-le, coule. La belle surprise, ça coule tellement qu’on peut se doucher! Petite pause-repas, puis on continue toujours vers sud vers Jasse de Chau où il y a une deuxième belle fontaine.


Le but ça serait de dormir sous le Grand Veymont, à côté de la Cabane des Aiguillettes. Pour cela, soit on continue vers sud pour prendre le Pas des Chattons, on pose les affaires et on fait le sommet sans bagages, soit on va a l’est vers Pas de la Ville pour traverser le sommet au même temps. On décide de traverser le sommet, ce qui n’est pas un effort négligeable ; la montée est très raide. On voit les premiers bouquetins sous le Pas de la Ville, dont un qui est en train de manger à deux pas du chemin. Une brigade militaire est aussi dans le coin et ils sortent tous les téléphones pour photographier un petit troupeau des bouquetins. La montée jusqu’au sommet c’est la misère avec les sacs lourds. La vue par contre est magique, on voit même passer une paire de vautour fauve. La descente sud, très raide et caillouteuse, avec des serpentes qui finissent jamais est interrompue par la vue d’un lagopède alpin en plumage grisâtre. C’est le premier que j’arrive à photographier, même si c’est de très loin (>50 m). Je me dis que je vais remonter le Grand Veymont demain matin pour chercher de s’approcher plus. Mais la descente était tellement la misère que je ne l’ai pas fait le lendemain. On arrive à l’Aiguillette crevés et on monte la tente encore humide. Il y a un peu de vent qui la sèche assez vite. En 20 minutes de marche il y a la Fontaine de Pas des Bachasons ou je remplie de nouveau la bouteille. En redescendant vers la tente, un grand troupeau de bouquetins se révèle de je ne sais pas où, pas loin de la tente. Je sors vite la camera et j’arrive a avoir le mâle dominant du troupeau. Le troupeau est compris en majorité des femelles et de jeunes à partir d’un an. La dynamique du troupeau est dicté par les jeunes qui courent dans tous les sens. Le mâle alpha suit mais il ne prend pas d’initiative. Je vois un petit groupe de femelles et des jeunes qui s’approchent depuis le Grand Veymont. Après avoir signalé leur intention par de courtes vocalisations, le grand groupe commence à courir vers eux pour les rencontrer. Le fait de les avoir à 10-20 m est tellement magique que je veux presque plus de la photo mais surtout de l’observation. Ils s’éloignent vers le soir sur les roches du côté est du Grand Veymont. Je suis un bon moment mais la lumière devient faible et me force à rentrer.


Le matin je suis réveillé vers 5:30 par un traquet qui se pose sur la tente ou sur le petit arbre de derrière la tente. J’attaque directement à la photo et je ne suis pas déçu car les bouquetins sont pas loin. C’est le même troupeau qu’hier mais la dynamique est différente. Cette fois-ci les adultes sont planqués dans une petite vallée calme et ils sont assis. Les petits par contre, ils s’occupent soit à lécher des pierres minéralises, soit à manger, soit ils jouent. Le jeu consiste à provoquer un autre en se mettant dessus par derrière, comme dans un accouplement. Le deuxième répond à la provocation et rentre dans le combat avec les cornes. Le combat n’a pas du tout l’air dangereux. D’ailleurs, j’ai observé que le combat a des règles. Une règle apparemment très importante est celle de la synchronisation du saut avant la collision des cornes. Si le saut est fait au même moment, la collision est faite avec confidence. Si l’un se lève plus tôt, il ne profite pas de son avantage de hauteur pour faire mal à l’autre ; soit il abandonne la collision, soit il fait en sort que la collision soit douce. Un autre règle c’est d’accrocher le cornes seulement et de ne pas utiliser les cornes pour frapper ailleurs. Le combat chez les bouquetins est pour établir une hiérarchie dans le troupeau ça se termine rarement avec des blaisures même chez les adultes. Le choc des cornes, très caractéristique, est audible à une bonne distance.


La descente vers Clelles le même jour n’est pas du tout intéressante. Richardière - Clelles on l’a fait en stop avec un riverain très sympa.